Marina Vlady, actrice, chanteuse et écrivaine franco-russe, est morte le 24 septembre 2026 à l’âge de 88 ans, selon une annonce de sa famille transmise à l’Agence France-Presse. Elle laisse une œuvre riche de près de 80 films, de nombreux spectacles, plusieurs albums et treize livres.
De ses débuts comme petit rat de l’Opéra de Paris à ses rôles chez Jean-Luc Godard, Marco Ferreri, Orson Welles ou Bertrand Tavernier, son parcours dépasse largement l’image de la jeune vedette des années 1950. Marina Vlady a construit une carrière singulière, entre cinéma populaire, films d’auteur, chanson, littérature et engagements féministes.
Qui était Marina Vlady ?
Née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff le 10 mai 1938 à Clichy, dans l’ancien département de la Seine, Marina Vlady est issue d’une famille d’émigrés russes. Son père, Vladimir de Poliakoff, était chanteur d’opéra. Sa mère, Militza Envald, avait été danseuse étoile. Le couple s’installe en France après les bouleversements liés à la révolution russe.
Marina est la benjamine d’une fratrie de quatre sœurs. Toutes se tournent vers les métiers artistiques : Olga Varen devient comédienne et réalisatrice de télévision, tandis qu’Odile Versois et Hélène Vallier connaissent elles aussi une carrière d’actrices. Cette famille, souvent présentée comme les « sœurs Poliakoff », occupe une place particulière dans le spectacle français de l’après-guerre.
Les débuts au cinéma dans les années 1950
Avant de devenir actrice, Marina Vlady suit une formation de danse à l’Opéra de Paris. Elle apparaît à l’écran dès 1949, à seulement 10 ans, dans Orage d’été de Jean Gehret. Son premier grand tournant survient en 1954 avec Avant le déluge d’André Cayatte.
Sa prestation lui vaut le prix Suzanne-Bianchetti, une récompense qui distingue alors une jeune comédienne prometteuse. Elle tourne également dans Jours d’amour de Giuseppe De Santis. Très vite, Marina Vlady devient l’un des visages marquants du cinéma français, capable de passer du drame au film noir et à la comédie.
Marina Vlady et Robert Hossein : un couple très médiatisé
En 1955, Marina Vlady épouse l’acteur et réalisateur Robert Hossein. Elle n’a alors que 17 ans. Leur relation attire fortement l’attention du public, mais leur collaboration artistique compte tout autant. Le couple travaille notamment sur Les salauds vont en enfer, Pardonnez nos offenses, Toi, le venin et La Nuit des espions.
Toi, le venin, sorti en 1959, reste associé à cette période. Marina Vlady y partage l’affiche avec sa sœur Odile Versois. Elle apparaît alors dans des productions qui jouent sur son intensité dramatique et sur une présence à l’écran devenue immédiatement reconnaissable.
Les films essentiels de Marina Vlady
Les années 1960 marquent un élargissement décisif de sa carrière. En 1961, elle interprète le rôle-titre dans La Princesse de Clèves de Jean Delannoy, adaptation du roman de Madame de La Fayette. Le film lui permet de démontrer une autre facette de son jeu, plus retenue et littéraire.
Deux ans plus tard, elle obtient le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes pour Le Lit conjugal de Marco Ferreri. Cette distinction confirme son statut d’actrice internationale. Elle joue ensuite pour Jean-Luc Godard dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, film emblématique de la modernité cinématographique française.
Son parcours comprend aussi Falstaff d’Orson Welles, La Fille dans la vitrine de Luciano Emmer, Que la fête commence… de Bertrand Tavernier, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne et Twist again à Moscou de Jean-Marie Poiré.
- 1949 :Orage d’été, son premier rôle au cinéma.
- 1954 :Avant le déluge, qui lui vaut le prix Suzanne-Bianchetti.
- 1961 :La Princesse de Clèves.
- 1963 :Le Lit conjugal, prix d’interprétation à Cannes.
- 1967 :Deux ou trois choses que je sais d’elle de Jean-Luc Godard.
- 1974 :Que la fête commence….
- 2011 :Quelques jours de répit, son retour au cinéma après plusieurs années d’absence.
Une carrière entre cinéma d’auteur et films populaires
Marina Vlady refuse de se limiter à un seul registre. Elle alterne les œuvres exigeantes et les productions destinées à un large public. Cette liberté la conduit à travailler en France, en Italie, en Russie, au Japon et dans plusieurs pays européens.
Elle collabore avec des cinéastes aux univers très différents, de Marco Ferreri à Jean Yanne, de Miklós Jancsó à Ettore Scola. Son rôle dans Splendor, en 1989, lui permet notamment de retrouver Marcello Mastroianni, rencontré des décennies plus tôt dans Jours d’amour.
Marina Vlady, chanteuse et écrivaine
La comédienne mène parallèlement une activité musicale. Avec ses sœurs, elle forme dans les années 1960 le groupe des Sœurs Poliakoff. Leurs enregistrements obtiennent notamment le grand prix international du disque Charles-Cros.
Marina Vlady poursuit ensuite une carrière solo. La chanson Le Voleur de chevaux, enregistrée dans les années 1970, connaît un écho important à la radio. Cette activité confirme son goût pour la scène et pour les formes d’expression qui permettent une relation plus directe avec le public.
Elle publie également treize livres. Son œuvre littéraire mêle récits personnels, souvenirs et témoignages. Parmi ses ouvrages les plus connus figure Vladimir ou le Vol arrêté, publié en 1987 après la mort de son compagnon, le chanteur et poète soviétique Vladimir Vyssotski.
Une histoire marquée par Vladimir Vyssotski
Marina Vlady rencontre Vladimir Vyssotski à la fin des années 1960 et l’épouse en 1970. Leur relation se déroule entre la France et l’Union soviétique, dans un contexte politique qui rend les déplacements et les échanges complexes.
Vyssotski, immense figure de la chanson et du théâtre soviétiques, meurt en 1980. Marina Vlady contribue ensuite à faire connaître son œuvre en France. Son livre consacré à leur histoire constitue un témoignage important sur l’artiste, mais aussi sur la vie culturelle soviétique de cette période.
Une actrice engagée
Marina Vlady ne se contente pas de jouer des rôles à l’écran. En 1971, elle signe le Manifeste des 343, texte publié en faveur du droit à l’avortement. Cet engagement l’inscrit dans l’histoire des mobilisations féministes françaises, plusieurs années avant la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse.
Son engagement politique et social accompagne une carrière où les personnages féminins occupent souvent une place centrale. Elle défend une image de la comédienne indépendante, attentive aux choix artistiques et aux combats de son époque.
Quelle est la trace laissée par Marina Vlady ?
Marina Vlady occupe une position rare dans le cinéma français. Elle fut à la fois une vedette populaire, une interprète reconnue par les festivals, une chanteuse et une autrice. Sa filmographie montre une volonté constante de ne pas rester enfermée dans l’image de la jeune première des années 1950.
Sa mort, annoncée le 24 septembre 2026, relance l’intérêt pour une œuvre qui s’étend sur plus de six décennies. Les informations communiquées par sa famille indiquent qu’elle est morte à son domicile, entourée de ses proches et de ses animaux. Les hommages et les analyses de sa carrière sont appelés à se poursuivre, notamment autour de ses films les plus marquants et de son rôle dans la diffusion de l’œuvre de Vladimir Vyssotski.