Catherine Dasté occupe une place singulière dans l’histoire du théâtre français. Comédienne, metteuse en scène, autrice et pédagogue, elle a surtout contribué à faire reconnaître le théâtre jeune public comme un véritable champ artistique, et non comme une simple activité scolaire ou annexe.
Issue d’une grande famille de théâtre, elle n’a pourtant jamais réduit son parcours à cet héritage. Au contraire, elle a construit une œuvre personnelle, tournée vers l’enfance, la création collective et la transmission. Son nom revient aujourd’hui dans les recherches sur le matrimoine théâtral, car son apport a longtemps été moins visible que celui de ses contemporains masculins.
Née en 1929 à Beaune, Catherine Dasté est la fille de Jean Dasté et de Marie-Hélène Dasté, et la petite-fille de Jacques Copeau, figure majeure de la mise en scène moderne. Cette filiation l’inscrit d’emblée dans une histoire du théâtre exigeante, mais elle choisit rapidement une voie propre. Formée à l’École du Old Vic à Londres, elle commence à travailler comme comédienne avant de s’orienter vers la mise en scène et l’écriture pour la scène.
Le cœur de son parcours se construit à partir de la fin des années 1950. En 1959, elle rejoint les Tréteaux de la Comédie de Saint-Étienne avec son époux Graeme Allwright pour un projet fondé sur l’imagination des enfants. Quelques années plus tard, à Dieulefit puis à Sartrouville, elle développe une méthode originale : partir de la parole des enfants pour fabriquer des pièces, des situations, des formes théâtrales complètes. Cette démarche donnera naissance à des œuvres comme Les Musiques magiques, L’Arbre sorcier : Jérôme et la tortue ou Glomoël et les pommes de terre.
Cette approche est importante pour une raison simple : Catherine Dasté ne considérait pas les enfants comme un public « facile ». Elle les voyait comme de vrais partenaires de création. C’est l’un des points qui la distinguent encore aujourd’hui. Son travail a contribué à faire émerger une idée forte : le jeune public mérite des écritures ambitieuses, des mises en scène pensées pour lui et des artistes pleinement engagés.
En 1969, elle fonde la compagnie La Pomme verte, qu’elle dirige jusqu’en 1980. Cette structure devient un laboratoire de création, avec des spectacles nourris par l’expérimentation, l’écoute et le travail avec les enfants. Plus tard, elle dirige aussi le Théâtre des Quartiers d’Ivry de 1985 à 1992. Cette période confirme sa stature de directrice de théâtre, capable de porter un projet artistique dans la durée.
Son rôle institutionnel compte autant que ses créations. Avec l’appui de Françoise Dolto, elle participe à la création du premier Centre dramatique national pour l’enfance et la jeunesse à Sartrouville. Ce jalon est essentiel dans l’histoire culturelle française, car il montre que le théâtre jeune public commence alors à être reconnu dans les structures officielles.
Son travail ne se limite pas à l’enfance. Elle met aussi en scène des auteurs comme Michel Puig, Jacques Jouet ou Shakespeare, preuve que son champ artistique restait large. En 2010, elle est invitée d’honneur de l’Oulipo, ce qui confirme l’intérêt porté à son rapport au langage, à l’invention et à la contrainte créative.
À partir des années 1990, Catherine Dasté revient davantage à la maison Jacques-Copeau de Pernand-Vergelesses. Elle y organise les Rencontres Jacques Copeau et accueille artistes, étudiants et chercheurs. Elle joue alors un autre rôle fondamental : celui de passeuse de mémoire. Elle contribue à maintenir vivant un héritage familial, tout en le reliant aux enjeux contemporains du théâtre.
Son nom apparaît aujourd’hui dans plusieurs initiatives universitaires et patrimoniales. Un colloque lui a été consacré à la Sorbonne Nouvelle, signe qu’une relecture de son œuvre est en cours. Cette redécouverte est importante, car une grande partie de son travail n’a pas été publiée ou a circulé de façon fragmentaire. Les archives, les témoignages et les programmes de spectacles deviennent donc des sources essentielles pour reconstituer son parcours.
Pourquoi Catherine Dasté mérite-t-elle d’être mieux connue ? Parce qu’elle a agi à un moment où la place des femmes metteuses en scène restait encore limitée, et parce qu’elle a aidé à légitimer un théâtre pour la jeunesse fondé sur l’exigence artistique. Son travail a influencé des générations de créateurs, d’enseignants et de compagnies qui pensent encore aujourd’hui le spectacle vivant comme un espace de transmission.
- Profil : comédienne, metteuse en scène, autrice et pédagogue.
- Spécialité : théâtre jeune public et création collective.
- Rôle majeur : fondation et structuration d’une scène dédiée à l’enfance et à la jeunesse.
- Héritage : maison Copeau, transmission familiale et mémoire théâtrale.
Pour qui cherche qui était Catherine Dasté, la réponse ne tient pas seulement dans une biographie. Elle se lit aussi dans une méthode, une vision et une influence durable sur le théâtre français. Son parcours relie création artistique, travail avec les enfants, direction de lieu et réflexion sur la transmission, ce qui explique la place croissante qu’elle occupe aujourd’hui dans l’histoire culturelle.
| Élément | Repère clé |
|---|---|
| Naissance | 1929, à Beaune |
| Formation | École du Old Vic, Londres |
| Compagnie | La Pomme verte, fondée en 1969 |
| Direction | Théâtre des Quartiers d’Ivry, 1985-1992 |
| Apport central | Reconnaissance du théâtre jeune public |
À l’heure où le spectacle vivant cherche de nouvelles formes de transmission, l’exemple de Catherine Dasté reste très actuel. Son parcours rappelle qu’un théâtre pensé avec les enfants peut être un théâtre exigeant, inventif et durable.