Ours Guzet : l’affaire du plantigrade tué près de la station de ski qui a enflammé l’Ariège

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L’ours Guzet, ou plus précisément l’ours Gribouille, a été découvert mort le 9 juin 2020 au lieu-dit Gérac, sur la commune d’Ustou en Ariège, tout près de la station de ski de Guzet-Neige. Ce drame a ravivé les tensions entre bergers et défenseurs de la faune sauvage dans les Pyrénées.

Les agents de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), intervenus pour constater la mort de brebis prédatées, tombent par hasard sur la dépouille en état de putréfaction avancée. L’animal, un mâle de 4 ans, présente une blessure par balle à l’épaule droite. Elisabeth Borne, alors ministre de l’Écologie, annonce la nouvelle sur les réseaux sociaux, suivie par la préfecture de l’Ariège.

Les premières constatations et l’enquête judiciaire

La gendarmerie du PGHM hélitreuillée la carcasse jusqu’à l’école vétérinaire de Toulouse pour autopsie. Les résultats confirment : une balle a perforé le thorax, provoquant un hémothorax fatal. Aucune toxine ni drogue n’est détectée. La mort remonte à plus de 7 jours avant la découverte. Le calibre reste indéterminé, et aucun ADN humain n’est trouvé sur les fragments de projectile.

Le parquet de Foix ouvre une information judiciaire pour « destruction d’espèce protégée ». La brigade de recherche de Saint-Girons prend les rênes. Ratissages avec détecteurs de métaux, reconstitution du trajet de l’ours, auditions de tous les présents dans les estives : rien de concluant. Les conditions météo ont dégradé la piste, rendant les indices inutilisables.

  • Auditions exhaustives : aucun témoin n’a entendu de coup de feu ni vu d’arme.
  • Analyses téléphoniques : infructueuses.
  • Enquête européenne vers l’Espagne : sans résultat.

Quatre ans plus tard, le 24 juillet 2024, le procureur Olivier Mouysset classe l’affaire sans suite, faute d’éléments pour identifier le tireur.

Contexte des attaques sur les estives de Gérac

Gérac, à 1 800 mètres d’altitude, abrite l’estive de 1 000 brebis gérées par sept éleveurs. En quelques jours avant la découverte, trois attaques font sept victimes. Les bergers, épuisés, rapportent des prédations quasi quotidiennes depuis le début de la saison. « Une attaque tous les jours », confie l’un d’eux, encore sous le choc après une brebis dévorée à 100 mètres de sa caravane.

Alain Servat, maire d’Ustou et président de la Fédération pastorale de l’Ariège, parle d’un « drame prévisible ». Il évoque 1 200 brebis tuées l’année précédente dans le département. Christian Carrère, maire d’Ercé, craint pour l’avenir du pastoralisme : « Dans 5 ans, il sera mort ici. » Les éleveurs se sentent isolés, accusés à tort selon eux.

Les enjeux du retour de l’ours dans les Pyrénées

Depuis les réintroductions des années 1990, la population d’ours bruns oscille autour de 70 individus en 2020. Guzet-Neige, station familiale entre 1 100 et 2 100 mètres, symbolise les Pyrénées ariégeoises. Mais la cohabitation avec le pastoralisme patine.

Les peines encourues – 3 ans de prison et 150 000 € d’amende – rappellent la protection stricte de l’espèce. Des associations comme Sea Shepherd offrent 30 000 € de récompense pour identifier le braconnier. L’État et les protecteurs envisagent des plaintes.

ÉvénementDateDétails
Découverte9 juin 2020Ours mort à Gérac, Ustou
AutopsieJuin 2020Balle fatale confirmée
Classe sans suite24 juillet 2024Procureur de Foix

Conséquences pour les acteurs locaux

La tension monte sur place. Gendarmes, hélicoptères, renforts : les éleveurs assistent impuissants. « Personne ne s’émeut pour les brebis », lancent-ils. Les maires alertent sur l’impossible cohabitation. Pourtant, le pastoralisme maintient les paysages ouverts, essentiels à la biodiversité.

Que retenir de l’ours Guzet ? Une enquête minutieuse mais infructueuse, des frustrations palpables et un débat national sur la gestion des grands prédateurs. Les faits, tirés de rapports officiels et témoignages, montrent la complexité du sujet. Aucune certitude sur l’auteur, mais un rappel : en Ariège, ours et hommes partagent un territoire fragile.

Aujourd’hui, Guzet reste une destination prisée pour le ski familial et les activités estivales. L’affaire souligne l’urgence de solutions équilibrées pour préserver moutons, ours et traditions.

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